De 2012 à 2017 j’ai réalisé un projet photographique à Rio de Janeiro, où je vis et travaille depuis de nombreuses années. Le territoire que je donne à voir pourrait être, intentionnellement, n’importe quelle grande agglomération, mondialisée et uniformisée, ce qu’est Rio pour peu que l’on prenne le temps de s’écarter des représentations classiques. 

L’autre singularité de ce travail est d’y avoir fait résonner systématiquement les échos de la crise qui frappe le pays depuis une demi décennie. Une crise qui est autant existentielle que structurelle. Dans un pays qui ne se projette jamais vers son avenir, pas plus qu’il ne se tourne vers son passé, le présent a valeur de temps permanent. Si ce présent se fige ou se dérègle, surgissent les signes d’un déséquilibre, d’une rupture, en cours ou à venir.

La recherche de ces signes s’est imposée comme une ligne de force du projet. Ils sont devenus autant de figures qui traduisent l’idée d’un temps suspendu, d’un basculement imminent, situé quelque part entre l’évanouissement d’un ordre et l’avènement d’un autre. Où sommes-nous ? Et quand ? Projection d’un monde qui pourrait aussi bien être ici qu’ailleurs, cette ville désenchantée raconte le temps présent à l’heure de la globalisation, un monde dans lequel l’individu a tant de mal à trouver sa place.